La machine Barker

La machine Barker est un dispositif pneumatique permettant de diminuer la résistance des touches des claviers de l’orgue. Le brevet a été déposé à Paris en 1839 par Charles Spackman Barker, ingénieur et facteur d’orgues anglais, installé à Paris en 1837.

Charles Spackman Barker

Charles Barker est originaire de Bath dans le conté de Somerset et s’est formé à la facture d’orgues à Londres. De retour à Bath où il s’installe comme facteur d’orgues, il effectue dès 1833 des recherches sur une machine pneumatique, qu’il ne réussit toutefois jamais à faire accepter en Angleterre (il essaya notamment à York ou à Birmingham).

C’est sans doute par l’entremise de Sigismond von Neukomm qu’il rentra en contact avec Cavaillé-Coll qui le fit venir à Paris en 1837 / 1838. Aristide Cavaillé-Coll, alors à ses débuts de carrière, avait obtenu très jeune (à l’âge de 22 ans, en 1833, mais en association avec son père) le marché de construction de l’orgue de la basilique royale de Saint-Denis. Il était alors confronté à l’épineux problème de la dureté de la mécanique de cet instrument novateur par son esthétique et son ampleur (5 plans sonores sur 3 claviers / pédalier – 69 jeux). Le retard pris par la réalisation du buffet néo-gothique permit à Charles Barker de peaufiner son invention au sein de la manufacture Cavaillé-Coll et de déposer le brevet correspondant en son nom en 1839. L’orgue, inauguré en 1841, était donc le premier instrument doté d’une machine Barker. Aristide Cavaillé-Coll utilisera ensuite la machine Barker surtout pour les instruments de grande taille (2 claviers ou plus, 30 jeux ou plus).

Charles Barker quittera dès 1841 Cavaillé-Coll pour rejoindre comme contremaître la manufacture concurrente Daublaine & Callinet, en ayant négocié avec Aristide Cavaillé-Coll les conditions d’utilisation de son brevet.

Aristide Cavaillé-Coll

La machine Barker, associée aux novations importantes apportées par Cavaillé-Coll, permit la naissance du vaste répertoire symphonique pour orgue qui se prolongea dans une certaine mesure dans l’esthétique néo-classique.

Principe :

La machine Barker utilise l’alimentation en vent de l’instrument pour fonctionner. Cette alimentation s’effectue par le conduit A.

Le système original à pistons

Système à pistons

Quand une touche du clavier est enfoncée, la soupape 1 s’ouvre et la soupape 3 se referme. Cela permet au soufflet C de se remplir ce qui va actionner la vergette et ainsi ouvrir les soupapes des sommiers pour la touche concernée. Pendant ce temps la soupape 2 se referme, isolant de la sorte le soufflet C de la partie B de la machine de Barker. Le soufflet C est ainsi maintenu sous pression jusqu’à la réouverture de la soupape 3, c’est-à-dire lors du relâchement de la touche du clavier par l’organiste. Le poids P permet d’évacuer rapidement l’air contenu dans le soufflet C.


Le système à soupape

Pierre Verkamp (contre maitre de chez Cavaillé) décrit la barker à pistons comme étant le système employé par Cavaillé-Coll. Pourtant Cavaillé-Coll a abandonné ce système pour la barker “à soupapes” bien plus satisfaisante. En effet, avec les soupapes, le toucher est plus précis, plus agréable, et surtout les réglages sont accessibles ce qui n’est pas le cas dans l’autre système qu’il a pourtant utilisé pendant plusieurs décennies…

Système à soupapes

Les défauts de la machine Barker

Si la machine Barker a ouvert de nouvelles portes à la facture d’orgue, le système présente quelques défauts :

La traction indirecte : la touche n’étant plus reliée directement à la soupape du sommier, certains puristes diront que le toucher du clavier ne produit pas le même effet qu’une traction directe.
Le bruit : la machine Barker peut-être bruyante. Le bruit n’arrive normalement pas jusqu’à l’auditoire mais depuis la console et devant le buffet, on peut très bien entendre le bruit caractéristique du mécanisme, rendant les prises de son compliquées à réaliser.
Les soufflets : il y en a un par touche. Très sollicités, la peau peut se percer, entrainant une fuite d’air et le dysfonctionnement de la traction.
Réglages : un mauvais réglage, ou une fuite, peut avoir comme inconvénient un retard de transmission (tuyau sonnant avec un délai allongé jusqu’à plus de 100ms après que l’organiste a appuyé sur la touche).
Les limites : la propagation de l’air à la vitesse du son (340 m/s) dans les tubes engendrent également une latence sur les grandes distances.  Le système est donc impossible à mettre en œuvre dans le cas d’une console trop éloignée des sommiers.


La machine Barker aujourd’hui

Elle est encore utilisée aujourd’hui pour les nouvelles orgues à traction mécanique lorsqu’il est nécessaire de soulager l’organiste dans le cas de gros instruments. Dans ces cas elle ne sera pas utilisée pour la mécanique de traction des claviers mais uniquement pour alléger la pression requise à l’enfoncement des touches lorsque plusieurs claviers sont accouplés. Ainsi chaque clavier est en principe en traction directe (traction suspendue) et seul les claviers accouplés seront « tirés » par la machine barker.

Copain des tuyaux

Copain des tuyaux

Les tuyaux sont mes amis :-)

Vous aimerez aussi...

Laisser un commentaire